Benjamin Ferré, un aventurier des temps modernes

Après un tour du monde en stop en solitaire en 2012 et une traversée de l’Atlantique sans GPS et en autonomie énergétique en 2015, Benjamin Ferré s’apprête à embarquer pour la Mini-Transat La Boulangère, le 22 septembre. Plus qu’une passion, l’aventure est devenue un véritable mode de vie pour ce Breton de 28 ans en quête de sens. Un esprit pionnier et une fibre entrepreneuriale que Benjamin a décidé de mettre au profit de la cause environnementale et sociétale.

Comment est né cet attrait pour l’aventure ?

J’ai découvert l’aventure en 2010 avec le 4L Trophy, un rallye en binôme à travers le désert. Un premier déclic qui m’a aidé à réaliser qu’on pouvait monter des projets en peu de temps et vivre des choses assez incroyables. Deux ans après, j’ai profité de mon année de césure à Skema Lille pour monter un projet baptisé “Skema Globe Stoppeur”. Durant un an, je suis parti faire un tour du monde en stop, à la rencontre d’anciens diplômés de l’École vivants à l’étranger. J’en ai fait un documentaire qui s’appelle « Le Monde a porté de pouce ». Deux ans après, la navigation commençant sérieusement à m’intriguer, je me suis lancé dans un nouveau projet avec deux copains : Cap à l’Ouest. Le but était de se servir des enseignements du passé pour regarder vers l’avenir. En 2015, on a ainsi traversé l’Atlantique au Sextant et aux Étoiles sans GPS. En complète autonomie énergétique, on utilisait des panneaux solaires et on s’arrêtait durant les escales dans des écoles pour sensibiliser les enfants à la transition environnementale. On est partis de Saint-Malo la fleur au fusil, pensant mettre trois semaines pour arriver en Martinique. Finalement, on a mis trois mois et demi, sachant qu’aucun de nous trois avait passé plus d’une nuit en mer sur un bateau auparavant…

<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré
<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré

<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré

Des expériences qui t’ont donné envie d’aller plus loin ?

En rentrant de cette traversée, j’ai monté « Imago » avec ces deux mêmes copains, à savoir le premier incubateur d’aventures en France qui a pour vocation de faire éclore des projets d’aventure sportifs, écologiques et solidaires. Non seulement, je ressentais de plus en plus cette appétence sociétale et environnementale, mais j’ai réalisé en plus qu’il y avait une forte demande émanant de gens qui souhaitaient se lancer dans des projets mais qui n’osaient pas. Le but, c’est donc de sourcer des gens qui ont ces envies-là, de les faire passer à l’action et de les accompagner ensuite dans leur projet, sachant qu’il doit avoir un impact sociétal ou environnemental.

On a commencé la première année par une phase pilote en incubant le projet de trois garçons partis faire un tour de l’Atlantique à la voile pour apporter des filtres au bio-sable en Haïti. Après ça, on a décidé de lancer chaque année un appel à projets national, à la suite duquel on organise l’Imago Tour : une semaine d’inspiration et d’émulation collective afin d’immerger des porteurs de projets dans le monde de l’aventure et qu’ils repartent avec un plan bien ficelé.


Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Pour chacun de mes projets, j’ai été inspiré par des rencontres et des discussions qui me faisaient réaliser que mes envies étaient possibles. Pour “Skema Globe Stoppeur”, je me suis par exemple inspiré de Ludovic Hubler qui était venu faire une conférence à l’école sur son tour du monde en stop pendant 5 ans. J’ai eu l’idée de la traversée de l’Atlantique en parlant à des skippers qui s’étaient lancés dans la Route du Rhum. Et j’ai eu envie de me lancer le défi de la Mini-transat en écoutant un ami d’ami raconter sa propre expérience, alors que je n’avais moi-même jamais mis les pieds seul sur un bateau.

Que ressens-tu lorsque tu navigues ?

J’ai ressenti en mer des sensations que je n’avais jamais ressenties. Déjà, ces expériences me permettent de me dépasser et de puiser en moi des ressources insoupçonnées, ce qui est très instructif, y compris pour la vie de tous les jours. Ensuite, cela me permet de vivre des moments absolument magiques. Des instants furtifs où je suis foudroyé de bonheur, et où je réalise que je suis exactement là où je dois être. Ces moments, je peux évidemment les retrouver dans mon quotidien, mais ils sont forcément décuplés dans des projets d’aventure. C’est des expériences assez courtes à l’échelle d’une existence mais qui sont ultra-intenses et qui représentent presque des condensés de vie, tant les émotions sont fortes.


Qu’est-ce que l’océan t’inspire ?

La mer prend une place de plus en plus importante dans ma vie. J’y découvre des choses uniques et inexplicables, sachant que l’on navigue sur une petite coque de noix – nos bateaux font 6 mètres 50 – complètement exposés au bon vouloir de l’océan. Ça me permet de gagner en humilité face à la Nature. D’ailleurs, quand je me retrouve seul en mer, je pense souvent à ce que Thomas Pesquet avait dit en rentrant de son expédition dans l’espace : « J’ai vu toute la beauté de la Terre mais j’ai surtout senti sa fragilité ». Je trouve qu’on a aussi un peu cette chance-là en partant en mer… Sur terre, on intellectualise le fait que la planète doit être protégée, tandis qu’en mer, tu ne l’intellectualises pas, tu le ressens pleinement. C’est bien plus fort que ce que tu peux lire ou entendre.

<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré
<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré

Un souvenir dans l’eau que tu n’oublieras jamais ?

Une danse des baleines lors d’une course qui allait jusqu’aux Açores. C’était la première fois que je partais aussi longtemps seul en mer et j’avais eu un gros problème de pilote automatique. Cela faisait cinq jours que j’étais en black-out électronique et que je devais barrer en permanence. J’avais atteint une fatigue psychologique assez importante, il n’y avait plus de vent… Et là, une baleine est venue jouer autour du bateau. Ça m’a requinqué et permis de finir cette course, en me disant : “Ok, je suis au fond du trou mais il fait beau et je suis quand même pénard sur mon bateau au milieu de l’Atlantique… Quelle chance d’être là !”


Des comptes Instagram que tu affectionnes particulièrement ?

Ceux de Port d’Attache et de Clarisse sur l’Atlantique.


Quel fut le déclic qui t'a donné envie de t'engager pour la protection des océans?

Cela s’est fait au fur et à mesure… À l’origine, je n’ai aucune sensibilité environnementale mais en grandissant et en gagnant en maturité, j’ai eu envie de devenir acteur de ce qu’il se passe. Ensuite, je pense qu’à travers mes différentes expériences, je me sens redevable envers la Nature. Mes projets s’orientent de plus en plus vers l’océan, et j’ai envie de préserver ce terrain de jeu extraordinaire. Aujourd’hui, on a en effet un défi de taille : celui de gérer les 10 tonnes de plastique qui arrivent chaque seconde dans l’océan. D’ailleurs, c’est assez effrayant car on ne voit pas tant de déchets que cela en mer. Certes, on doit quelquefois éviter des sacs plastiques ou des containers mais le pire finalement, c’est ce qui n’est pas visible à l’œil nu : les microparticules de plastique.

<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré
<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré

Concrètement, comment ton engagement se traduit-il ?

Avec Imago, j’ai l’impression de mettre une pierre à l’édifice, aussi minime soit-elle. Grâce à la Mini-transat, je fais également un travail de sensibilisation auprès des gens, en passant par exemple des messages lorsqu’on m’en donne l’occasion. Cela dit, je pense objectivement qu’au-delà de la sensibilisation, il faut maintenant passer à l’action. J’essaye du coup de me rapprocher d'associations comme WWF ou Surfrider, avec qui j’aimerais organiser des actions concrètes, à l’instar de collectes de détritus sur les plages.

Es-tu optimiste pour l’avenir de la planète ?

Je suis très optimiste. L’Homme met du temps à comprendre, devant souvent se retrouver au dos du mur pour réagir. C’est humain… Cela dit, j’ai l’impression qu’il y a en ce moment une prise de conscience collective, et que l’on a les qualités humaines, l’énergie et les compétences intellectuelles pour solutionner les problèmes.

Et selon toi, quelles seraient les solutions à envisager ?

Je suis partagé, car à la fois je trouve qu’il y a beaucoup de lois qui endiguent notre liberté, à laquelle je suis très attaché, et à la fois, je crois qu’on aura du mal à évoluer s’il n’y a pas de lois qui nous y obligent. Selon moi, le politique a un rôle à jouer, au même titre que les citoyens et les entreprises. Je pense souvent au message de Nicolas Hulot lorsqu’il a démissionné. Il expliquait entre autres que les citoyens ont besoin d’envoyer un message fort aux politiciens, pour signifier qu’ils ont pris conscience des choses mais qu’ils ont encore du mal à les appliquer individuellement. En fait, il est nécessaire d’éditer des lois pour changer les choses en profondeur. Alors oui, ça va sûrement être contraignant, mais on est prêt et il faut absolument le faire savoir au gouvernement.

Le meilleur exemple, c’est celui de Julien Moreau qui s’est lancé dans un triathlon à travers l’Hexagone pour sensibiliser les écoliers à l’environnement. Il a notamment demandé aux enfants s’ils avaient des idées de lois en faveur de la transition environnementale. Trois petites filles ont répondu qu’elles trouvaient aberrant qu’ils distribuent des bouteilles en plastique dans les écoles alors qu’ils ont de l’eau potable. Julien a porté ce projet de loi avec elles devant l’Assemblée Nationale. Résultat, les bouteilles en plastique seront interdites dans les écoles publiques d’ici janvier 2020 en France. Ça, c’est du concret.

Aurais-tu une astuce pratique pour moins polluer la mer ?

À bord, j’utilise toujours des savons biodégradables !

<br><br><br>OCEAN LOVER #3 : Benjamin Ferré

© crédit : Lou-Kevin Rouquais